Modélisme

 

Aujourd’hui je vais parler de l’un de mes loisirs les plus chers: les jeux de figurines sur table. J’ai été initié en classe de 4ème, quand Benjamin, un de mes amis dont ma gentille petite voisine dira plus tard qu’il ressemble à un Emo, exhiba sous mes grands yeux ébahis la couverture en papier glacé de ce qui était le catalogue de vente de GW (comprenez Games Workshop). Et là, le destin du petit branleur que j’étais bascula : immédiatement séduit par ces petits gens en plastique recouverts de bonbonnes métalliques et armés jusqu’aux dents d’instruments de mort surdimensionnés, c’est l’esprit occulté par le fracas des épées rougies sur un champ de bataille boueux, par les beuglements massifs de généraux héroïques et par d’alambiquées stratégies que je me rendis chez mon revendeur local : neuneu.

Neuneu est un être abject issu d’une dimension parallèle à la nôtre, dans laquelle le temps passe beaucoup plus lentement. C’est ce qui a introduit la notion de « minute neuneu », un continuum temporel qui s’écoule une minute après le notre, qui le pousse, entre autre, à peser savoureusement chacune des syllabes qu’il prononce, et à pousser à son paroxysme la patience de la demi-douzaine de mamans en délire, fumant et écumant dans les quelques mètres carrés servant de lieu de circulation aux clients. Cela l’incite également à faire tomber la boîte d’armée judicieusement suspendue à 3m au dessus du sol, juché en haut de son escabeau, ou encore à toujours fourrer l’unique pièce dont vous avez besoin au dernier endroit souhaité et souhaitable, c’est à dire au fond de la boîte.

Bref, Neuneu est entré dans la légende, de sorte que moults disciples affluent des quatre coins de la galerie de l’émeraude pour le supplier de les prendre à son service, comme le célèbre « apprenti de neuneu », qui suit fidèlement la voie de son sensei.

Enfin passons… cette époque est désormais révolue, après maintes figurines achetées, maints tournois et maintes défaites cuisantes, j’ai fini par arrêter Warhammer. Néanmoins, il est un aspect du jeu qui continue à m’animer avec la passion de mes 14 ans… c’est la peinture. Cette sensation savoureuse de saisir entre des doigts fébriles la texture onctueuse du pinceau, et d’appliquer la minuscule pointe de poils effilée sur les quelques millimètres de surface de peau de votre archer flambant neuf. Une impression unique et prenante, capable de vous faire perdre la notion du temps, le dos voûté au dessus de ce petit bout de ferraille que vous manipulez avec une attention que vous envie votre conjoint(e), et la fierté immodérée de l’artiste face à son œuvre achevée. Ainsi je ne ferais pas, ici, de recueil stratégique à la  mord-moi-le-nœud ou un exposition narcissique de mes réalisations, mais plutôt une listes des différentes techniques que j’utilisais lors du passage à la mise en couleurs de mes elfes aux oreilles pointues.

Aplat Technique la plus simple, résultat propre et facile à appréhender pour les débutants, mais ne met pas en relief la figurine. Maîtriser l’aplat est néanmoins essentiel avant de passer à autre chose, car peindre précisément et sans déborder n’est pas si simple qu’il n’y paraît.

Brossage Le brossage est un terme générique qui regroupe deux méthodes différentes : le brossage simple et le brossage à sec. Le principe de base est identique : appliquer une petite quantité de peinture directement issue du pot de peinture sur toute la surface du pinceau, et balayer par petits coups brefs la zone à traiter, de manière très superficielle pour ne déposer la peinture que sur les reliefs. C’est une méthode simple et qui peut donner des résultats convenables pour un gain de temps appréciable. Le brossage à sec se distingue juste dans le sens ou la peinture se doit d’être la plus épaisse et durcie possible, pour s’occuper de reliefs très accentués (une fourrure par exemple, ou encore une cote de maille). Néanmoins, cette méthode a l’énorme inconvénient de noyer les détails, d’épaissir les volumes et de donner un effet sale sans envergure vu de prêt. Néanmoins, pour avoir de loin un effet d’ensemble correct tout en peignant vite, c’est une technique toute indiquée.

Eclaircissement successif L’éclaircissement a pour but de donner de l’intensité à un relief, et d’accentuer le contraste entre les couleurs. C’est la seconde étape après l’aplat : on part d’une couleur de base sombre, et on l’éclaircit progressivement avec une autre teinte plus claire, en appliquant sur la figurine des couches successives de plus en plus fines. Un bon éclaircissement peut donner lieu à une dizaine de couches successives, voire même au delà. Il apparaît donc évident que peindre en utilisant la peinture directement issue du pot est une solution médiocre, car cette derrière est trop épaisse. L’incontournable pour avoir un éclaircissement fluide et onctueux, c’est de diluer la peinture. Une fois que la peinture a une consistance proche de celle du lait, elle est utilisable.

Une astuce pour que la peinture ne sèche pas : prendre une assiette, du sopalin et du papier sulfurisé. Mouiller généreusement le sopalin, le placer dans l’assiette et recouvrir le tout du papier sulfurisé, en le pressant. Le sopalin ne séchera pas. De plus, le papier sulfurisé n’est pas absorbant, donc il restera humide du fait de la présence du sopalin, et fera un parfait réceptacle pour votre peinture.

Le lavis L’éclaircissement, c’était appliquer des couches successives sur les parties saillantes d’une figurine, donc travailler sur la lumière. Le lavis, c’est partir d’une base claire, et déposer une teinte beaucoup plus sombre dans les creux, donc s’occuper plus cette fois de l’ombre. Pour cela, la méthode est simple : il faut diluer la peinture, jusqu’à ce qu’elle ressemble presque à de l’encre (d’ailleurs, le lavis se pratique aussi avec des encres). Il suffit ensuite de déposer ce liquide dans les creux de l’endroit souhaité. Néanmoins, le lavis présente ses inconvénients: utilisé trop brutalement, il créé de grosses traces sur la figurine, ou fait dans les creux de tous petits trous très laids. Pour éviter ce genre de désagréments, il suffit de poser peu de peinture sur le pinceau, et de prendre le temps de bien l’étaler, et ne pas se contenter d’un passage rapide et imprécis.

Le fondu Le fondu est certainement la technique la plus difficile à maîtriser, mais la plus gratifiante. Le principe est le même que l’éclaircissement, mais au lieu de procèder par bandes successives, il s’agit de faire un dégradé avec le même coup de pinceau. Si la pression exercée sur le pinceau est constante, la peinture est appliquée uniformément, donc le fondu sera correctement réalisé. Néanmoins, si les poils sont trops chargés, au moment de lever la main, il risque de rester une petite goutelette qui ruinera tout l’effet. Pour palier à cet effet, il faut une fois de plus recouvrir de peinture uniquement l’extremité du pinceau, et ne pas charger la base. Par rapport à l’éclaircissement, le fondu représente un gain de temps, mais il ne faut pas se fier à son apparente simplicité, car avoir un dégradé régulier est extrêmement difficile à obtenir.

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