Dali

On connait de Dali ses moustaches fantaisistes, son exubérance et son accent catalan. Mais on retient surtout son génie artistique, à cette époque de lumière où Paris était encore le centre culturel du monde. Dali n’a peut-être pas autant marqué son époque que l’a fait Picasso, mais ses toiles inoubliables fascinent le public dans de nombreux domaines. C’est pendant mon séjour en Espagne que j’ai eu l’occasion de découvrir le personnage et son oeuvre de manière plus approfondie. J’ai pu visiter son musée de Figueres, et, bien que la collection ne soit pas complète et qu’il y manquait certains de ses tableaux les plus prestigieux, cette plongée dans le monde de l’artiste a été pour moi riche en émotions. D’où mon envie de vous faire partager un peu de ce que j’ai vu.

192503.jpg

(Jeune fille assise de dos, 1925)

Loin de moi d’avoir la prétention d’être critique d’art, mais j’aime bien essayer de donner des interprétations à ce que je vois. Je vais donc tout du loin tenter d’analyser les tableaux que j’expose.

Cette oeuvre est une des plus emblématiques de sa première période. On reconnait alors chez Dali une passion pour la ligne droite, la géométrie, la « limite ». Cette femme (Ana Maria), à la sculpture massive et rond, nous invite à la contemplation d’un paysage urbain, précis et maîtrisé. On peut alors parler d’une période « puriste ». Inspiré par des artistes tels que Le Corbusier, Dali se plait à orchestrer des formes épurées, réduites à leur plus stricte nécessité. Rien ne vient troubler la contemplation de ce paysage, la lecture est en rapide et sans ambiguité.

Dans Portrait de jeune fille dans un paysage de Cadaquès, est mise en évidence son attachement pour les questions de perspective. Ses toiles deviennent presque alors « architecture », puisqu’il ne s’agit essentiellement que d’un jeu de construction et d’échaffaudage des formes les unes par rapport aux autres.

 192903.jpg

 (Les premiers jours du printemps, 1929)

Ce tableau, et tous ceux de cette période, marquent un renouveau profond dans l’art de Dali. On retrouve toujours ici un travail sur la perspective, mais celui-ci est réalisé sur une étendue grise et neutre, qui ne sert que de surface où évoluera le reste de l’oeuvre. Le peintre abandonne les grands corps rigides et sans vie, comme dans les compositions des Venus et marins. Il les décompose en une multitude de petites choses sans forcément de liens entre elles, mais qui fourmillent et sont parcourues de vie. La plupart des personnages sont anonciateurs des thèmes à venir chez Dali, comme l’homme aux mains vaginales, ou la fillette à l’ombre phalique.

Cette période marque l’émergescence de la « paranoïa ». S’inspirant de Mirò et de son automatisme, Dali s’essaie à une conversion automatique du réel, la révélation de son incohérence et non la retranscription passive de ce que perçoit l’inconscient. 

192904.jpg

(Le grand masturbateur, 1929)

Un des fondements même de l’art de Dali est son rapport à la sexualité. Dali se vantait d’être impuissant, d’où sa propension à peindre des formes molles. Il exécute un grand nombre de références à ses fantasmes. Dans ce tableau, les allusions sexuelles sont nombreuses: la femme fellatrice, qui, si on ne l’avait pas compris, est explicité par la petite tête de lion tirant la langue. L’insecte à forme phallique, les poils pubiens disseminés ici et là et les orifices vaginaux accentuent l’effet dérangeant de la scène. D’autres thèmes sont récurrents chez Dali, en particulier ceux de la masturbation, comme dans L’homme invisible, et de l’inceste, avec le Jeu lugubre.

On commence à voir apparaître les prémisces du surréalisme. Dali use de plus en plus de formes ambigues, d’ombres contradictoires et d’images doubles. C’est ce qu’il nomme la systématisation de la confusion, qui introduit un certain trouble et malaise chez le spectateur.

193115.jpg

(Métamorphose végétale, 1931)

Mais, loin des courants artistiques divers et des intentions alambiquées qui, finalement, n’entrent pas vraiment en compte dans la sensation qu’on éprouve à la première vision d’une oeuvre, ce qui m’a le plus marqué chez Dali, c’est sa maîtrise des couleurs. Des dégradés d’une fluidité sans égal, onctueux et aerés… il est presque impossible à un oeil non connaisseur de distinguer le coup de pinceau, tant il semble avoir capter l’essence même de la couleur pour la transposer sur la toile. Plus que les objets représentés, ce sont surement la manière dont ils sont peints qui confèrent à l’ensemble un caractère surnaturel et envoûtant. Bref… cette fabuleuse maîtrise maîtrise du pinceau est ma principale source d’admiration pour le peintre, et m’inspire toujours la même quiétude de l’esprit.

Je vais ici finir ce court article sur Dali… de sa période surréaliste, même si elle a été riche en tableau, ont surtout découlés des décors architecturaux, que je trouve inutile de montrer en photos, puisque l’intérêt, comme dans une sculpture,  est d’évoluer autour. Si vous ne le connaissiez pas, j’espère avoir éveiller chez vous une attirance pour ce peintre à moustaches. Ah oui, j’y pense… on n’a évidemment pas droit aux photographies dans les musées, toutes les illustrations que j’ai mises ici sont donc tirées directement d’internet, du site www.dali-gallery.com, que je vous invite d’ailleurs vivement à visiter, puisqu’il contient l’essentiel de l’oeuvre de Dali. Et puis allez, puisqu’on parle ici d’un peintre, autant finir cette article en peinture!

193106.jpg

Une réponse à “Dali”

  1. Takezo dit :

    très bon article.

    Il y a des choses(beaucoup) que je ne savais pas, et pourtant Dali est mon peintre préféré, je m’étais contenté de « livre d’image » pour apprécier son œuvre.(sa donne une idée de ma culture « peinture »…

    Pour ma part, j’adore sa technique, les couleurs, certains sujets et sa période onirique, (les grands éléphants, les déformations de toutes sortes, et sa femme, plutôt belle pour un impuissant).J’apprécie aussi sa capacité à mêler technique et expression, car beaucoup d’artistes délaissent l’un pour l’autre, et tombe dans « le dessin niveau maternelle » ou l’ingénieurisme stérile.

    Enfin bon.Merci pour ces précisions, tes sujets sur les artistes sont super.

    Merci aussi pour ton com. tchao bon dimanche!

    Dernière publication sur Niten no yume, site perso sur les arts martiaux, les arts graphiques,et autres formes d'art : Kuroda Tetsuzan

Laisser un commentaire